Foire aux questions

1. Qu’est-ce que le dĂ©fi « 10 Jours sans Ă©crans » ?

Le dĂ©fi « 10 Jours sans Ă©crans » est une initiative Ă©ducative et collaborative qui vise Ă  rĂ©duire le temps passĂ© devant les Ă©crans de loisirs, comme la tĂ©lĂ©vision, les jeux vidĂ©o, les tablettes et les smartphones. Il a Ă©tĂ© créé en 2003 par Jacques Brodeur, professeur d’éducation physique, au QuĂ©bec. Le dĂ©fi encourage les enfants, les adolescents, leurs parents et les enseignants Ă  se dĂ©connecter des Ă©crans pendant 10 jours, dans le but de sensibiliser Ă  l’impact des Ă©crans sur la santĂ©, le bien-ĂȘtre et la rĂ©ussite scolaire.

L’objectif est de promouvoir des habitudes de vie plus saines, telles que l’activitĂ© physique, le sommeil, la lecture et les interactions familiales. Le dĂ©fi inclut l’utilisation d’un carnet de bord oĂč les enfants peuvent suivre leur progrĂšs et accumuler des points chaque fois qu’ils se passent d’Ă©cran. Il est conçu pour ĂȘtre un exercice collaboratif, impliquant l’Ă©cole, les familles et parfois les collectivitĂ©s locales, afin de crĂ©er un environnement propice Ă  la dĂ©connexion numĂ©rique.

Les effets du dĂ©fi, tels qu’observĂ©s par les participants, incluent la rĂ©duction du temps d’Ă©cran, une amĂ©lioration du bien-ĂȘtre familial, une augmentation des interactions sociales et une prise de conscience accrue de l’impact des Ă©crans sur la vie quotidienne. Il s’inspire du programme SMART dĂ©veloppĂ© par l’UniversitĂ© de Stanford, qui a montrĂ© des rĂ©sultats bĂ©nĂ©fiques similaires. Les participants sont encouragĂ©s Ă  adopter une rĂ©flexion sur l’utilisation des Ă©crans et Ă  prendre conscience des consĂ©quences d’un usage excessif.

2. Qui était Jacques Brodeur ?

Jacques Brodeur Ă©tait QuĂ©bĂ©cois, il avait enseignĂ© pendant 30 ans et ƓuvrĂ© comme consultant, confĂ©rencier et formateur dans les domaines de l’éducation Ă  la paix, l’éducation aux mĂ©dias, la prĂ©vention de la violence et la promotion de saines habitudes de vie. Militant actif depuis les annĂ©es 80, il a dĂ©diĂ© sa vie Ă  Ă©veiller les consciences face aux enjeux liĂ©s aux Ă©crans et Ă  leur influence sur les jeunes. Si Jacques Brodeur disait aimer sa tĂ©lĂ©vision, son ordinateur et les Ă©crans, il prĂ©fĂ©rait de loin les enfants aux Ă©crans. Il avait mis sur pied un projet audacieux aux rĂ©sultats Ă©tonnants : le DĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans.

« Je me suis inspirĂ© d’une idĂ©e nĂ©e Ă  San JosĂ©, en Californie, Ă  travers le programme Smart (Student Media Awareness to Reduce Television), un dispositif scolaire visant Ă  prĂ©venir l’obĂ©sitĂ© des enfants et Ă  diminuer leur agressivitĂ© grĂące Ă  la rĂ©duction du temps passĂ© devant la tĂ©lĂ©vision. Le programme repose sur des cours dispensĂ©s par les enseignants pour sensibiliser les enfants Ă  leur surconsommation. Ils sont Ă©galement incitĂ©s Ă  participer Ă  une opĂ©ration de dix jours sans tĂ©lĂ©vision ni jeux vidĂ©o. Ensuite, ils sont encouragĂ©s Ă  respecter un « budget » de sept heures par semaine. »
Extrait de l’article La Croix

Jacques Brodeur dĂ©fendait avec ardeur l’idĂ©e qu’il fallait Ă©veiller le sens critique des jeunes face aux Ă©crans et Ă  l’appĂ©tit des industries qui les exploitent. Pour lui, il Ă©tait essentiel de promouvoir des saines habitudes de vie. C’est pour cette raison qu’il avait conçu un exercice annuel de dĂ©connexion numĂ©rique permettant Ă  l’école et aux familles d’agir main dans la main : « Aider les jeunes Ă  mieux contrĂŽler la technologie plutĂŽt que de se laisser contrĂŽler par elle, permettre de mieux distinguer la limite entre les Ă©crans qui rendent service et ceux qui asservissent, voilĂ  l’enjeu Ă©ducatif du 21ᔉ siĂšcle », rĂ©pĂ©tait-il inlassablement.

Jacques Brodeur est surtout connu pour avoir créé le DĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans en 2003. Il traversait l’Atlantique plusieurs fois par an pour en faire la promotion dans des dizaines d’écoles. Sa personnalitĂ© charismatique, ses convictions profondĂ©ment enracinĂ©es, son talent de confĂ©rencier inĂ©galĂ©, et sa capacitĂ© Ă  transmettre son enthousiasme faisaient de lui un catalyseur de changement. GrĂące Ă  sa tĂ©nacitĂ©, il a rĂ©ussi Ă  mobiliser des enfants, des parents, des professionnels et mĂȘme des journalistes, les convaincant que la victoire contre la surconsommation des Ă©crans Ă©tait Ă  portĂ©e de main. Des dizaines de milliers de jeunes ont relevĂ© le dĂ©fi, faisant de ce projet un outil incontournable dans le paysage Ă©ducatif contemporain. Pourtant, malgrĂ© l’impact de son initiative, Jacques Brodeur n’a jamais Ă©tĂ© officiellement reconnu pour cette invention, contrairement Ă  ses actions antĂ©rieures.

Militant depuis les années 80

En 1986, l’annĂ©e internationale de la Paix, il avait organisĂ© une collecte de jouets militaires destinĂ©s Ă  ĂȘtre rĂ©utilisĂ©s pour Ă©riger un monument en faveur de la Paix.
En 1990, il avait créé le « Vote des jeunes », permettant chaque annĂ©e Ă  50 000 jeunes du QuĂ©bec de choisir, au scrutin secret, les productions les plus toxiques et pacifiques dans six catĂ©gories : Ă©missions pour enfants et adolescents, vidĂ©oclips, films, jeux vidĂ©o et publicitĂ©s. Ce projet, qui a durĂ© dix ans, a Ă©tĂ© reconnu par la Fondation Roy C. Hill pour son innovation pĂ©dagogique et a permis Ă  Jacques Brodeur de devenir une personne-ressource dans le cadre du programme Pleins feux sur l’excellence pĂ©dagogique, commanditĂ© par la FĂ©dĂ©ration canadienne des enseignants.
En 1996, la FĂ©dĂ©ration des enseignants en Ă©ducation physique du QuĂ©bec lui dĂ©cerne son trophĂ©e MĂ©ritas pour sa contribution Ă  l’éducation Ă  la santĂ©.

3. Quel est l’étayage scientifique et thĂ©orique de la mĂ©thodologie du dĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans ?

Le dĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans repose sur des bases scientifiques solides, notamment sur les recherches menĂ©es autour du programme SMART (Student Media Awareness to Reduce Television), dĂ©veloppĂ© par l’UniversitĂ© de Stanford. Ce programme a dĂ©montrĂ© que rĂ©duire le temps d’écran chez les enfants pouvait entraĂźner des effets positifs significatifs, tels qu’une diminution de la consommation mĂ©diatique, une rĂ©duction des comportements agressifs, une amĂ©lioration du bien-ĂȘtre et une moindre exposition aux sollicitations publicitaires.

Le dĂ©fi s’appuie Ă©galement sur la thĂ©orie sociale cognitive d’Albert Bandura, qui met en avant le rĂŽle de l’apprentissage par observation dans le changement des comportements. PlutĂŽt que d’imposer une simple restriction, le dĂ©fi favorise une dynamique collective oĂč les enfants apprennent en observant leurs pairs, leurs enseignants et leurs parents adopter des habitudes plus Ă©quilibrĂ©es vis-Ă -vis des Ă©crans. En voyant d’autres enfants rĂ©ussir Ă  se passer des Ă©crans et dĂ©couvrir des activitĂ©s alternatives enrichissantes, ils sont plus enclins Ă  faire de mĂȘme. De mĂȘme, si les adultes rĂ©duisent leur propre usage des Ă©crans et valorisent d’autres modes d’interaction, les enfants intĂšgrent ces nouveaux repĂšres et les reproduisent naturellement.

En instaurant une approche collective et participative, impliquant les enseignants, les familles et la communautĂ©, le dĂ©fi suit les principes des interventions scientifiquement Ă©prouvĂ©es qui favorisent des changements durables. PlutĂŽt que d’ĂȘtre une contrainte, il devient un exercice de transformation des habitudes, soutenu par un environnement social encourageant et stimulant.

Un modÚle scientifique éprouvé

Le programme SMART (Student Media Awareness to Reduce Television) a Ă©tĂ© conçu et testĂ© par l’UniversitĂ© de Stanford dans les annĂ©es 1990 pour aider les enfants Ă  rĂ©duire leur consommation d’écrans et observer les effets de cette rĂ©duction sur leur bien-ĂȘtre, leur comportement et leur santĂ©. Il s’agit d’un programme Ă©ducatif structurĂ©, composĂ© de 18 leçons en classe, qui s’appuie sur la thĂ©orie sociale cognitive de Bandura et mobilise des stratĂ©gies pĂ©dagogiques pour encourager les enfants Ă  prendre conscience de leur temps d’écran et Ă  adopter des comportements plus Ă©quilibrĂ©s.

Les Ă©tudes menĂ©es sur ce programme ont montrĂ© des rĂ©sultats probants et durables, notamment une diminution significative de l’adipositĂ© chez les enfants, comme en tĂ©moigne une Ă©tude publiĂ©e dans JAMA (1999) qui a observĂ© une rĂ©duction du BMI, du tour de taille et du pli cutanĂ© tricipital aprĂšs participation au programme SMART. À court terme, les enfants qui participent au programme rĂ©duisent significativement leur temps d’écran en semaine et le week-end, ainsi que leur exposition aux contenus violents et publicitaires (Robinson, 1999). Cet effet s’étend Ă©galement aux parents et aux frĂšres et sƓurs, qui diminuent leur propre consommation mĂ©diatique, prouvant l’impact du programme Ă  l’échelle du foyer (Borzekowski & Robinson, 2006). Sur le long terme, les enfants qui ont suivi le programme continuent Ă  mieux gĂ©rer leur temps d’écran et adoptent une attitude plus critique face aux contenus mĂ©diatiques et aux stratĂ©gies publicitaires, limitant ainsi leurs comportements consumĂ©ristes (Robinson et al., 2001). L’étude a Ă©galement rĂ©vĂ©lĂ© une diminution durable des comportements agressifs verbaux, ainsi qu’un effet notable sur la prĂ©vention de l’obĂ©sitĂ©, avec une rĂ©duction significative de l’adipositĂ© chez les enfants participant au programme. et une amĂ©lioration du vivre-ensemble en classe (Robinson et al., 2001).

Le dĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans s’inspire directement de ce modĂšle scientifique, en reprenant ses principes fondamentaux : une approche Ă©ducative et collective, un engagement des familles et des enseignants, et un apprentissage progressif basĂ© sur l’observation et la motivation. Comme le programme SMART, le dĂ©fi ne vise pas Ă  interdire les Ă©crans de maniĂšre permanente, mais Ă  offrir une expĂ©rience concrĂšte de dĂ©connexion, permettant aux enfants et Ă  leur entourage de repenser leur rapport aux Ă©crans et de dĂ©couvrir des alternatives enrichissantes, avec des effets positifs qui peuvent s’inscrire dans la durĂ©e.

📖 Pour en savoir plus

  • Étude sur l’impact du programme SMART sur l’adipositĂ© des enfants : Robinson, 1999 :
  • Article scientifique complet sur les effets du programme SMART sur le temps d’écran familial : Borzekowski & Robinson, 2006
  • Étude sur l’impact du programme sur l’agressivitĂ© des enfants : Robinson et al., 2001
  • Effets de la rĂ©duction du temps d’écran sur les comportements consumĂ©ristes des enfants : Robinson et al., 2001

Ces rĂ©fĂ©rences permettent d’appuyer scientifiquement la mĂ©thodologie du dĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans et d’offrir aux lecteurs la possibilitĂ© d’explorer plus en profondeur les bases thĂ©oriques et les rĂ©sultats des recherches menĂ©es sur le programme SMART.

Un modÚle inspirant pour le défi 10 Jours sans écrans

Le programme SMART a directement inspirĂ© Jacques Brodeur, qui a adaptĂ© ses principes pour crĂ©er le dĂ©fi 10 Jours sans Ă©crans. Ce dernier reprend l’idĂ©e d’une pĂ©riode de rĂ©duction stricte du temps d’Ă©cran, accompagnĂ©e d’une sensibilisation Ă©ducative et d’une mobilisation collective des Ă©coles et des familles. En combinant engagement des Ă©lĂšves, implication des parents et soutien des enseignants, SMART prouve qu’il est possible de modifier durablement les habitudes numĂ©riques des enfants, pour leur offrir un quotidien plus Ă©quilibrĂ© et Ă©panouissant.

4. Comment se déroule un défi « 10 Jours sans écrans » dans une école ou un collÚge ?

Le dĂ©fi « 10 Jours sans Ă©crans » est un projet Ă©ducatif structurĂ© qui se prĂ©pare en amont et se dĂ©roule sur une pĂ©riode de 10 jours, impliquant les Ă©lĂšves, leurs familles et les enseignants comme acteurs du premier cercle. Il peut Ă©galement mobiliser les associations de quartier ou de village, les services municipaux et d’autres partenaires locaux.

  1. PrĂ©paration : Avant le lancement, les enseignants et les parents sont d’abord eux-mĂȘmes sensibilisĂ©s aux enjeux de l’Ă©ducation Ă  la rĂ©duction du temps Ă©cran et sensibilisent ensuite les enfants Ă  l’impact des Ă©crans sur leur quotidien. Cette prĂ©paration dure plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Pour un dĂ©fi au mois de mai, les rĂ©unions de prĂ©paration dĂ©butent dans l’idĂ©al en janvier. Une Ă©quipe de pilotage est constituĂ©e pour organiser le dĂ©fi et planifier des activitĂ©s alternatives. Les Ă©lĂšves reçoivent un carnet de bord oĂč ils noteront leurs progrĂšs et leurs ressentis.
  2. Lancement : Pendant 10 jours, les participants sont encouragĂ©s Ă  rĂ©duire ou stopper leur consommation d’Ă©crans de loisirs (tĂ©lĂ©visions, jeux vidĂ©o, smartphones, tablettes). Des activitĂ©s alternatives sont proposĂ©es Ă  l’école et en famille pour occuper les temps libĂ©rĂ©s.
  3. Soutien et activités : Pour aider les enfants à réussir le défi, des animations sont mises en place dans les établissements scolaires et par les collectivités locales (jeux en extérieur, ateliers créatifs, activités sportives, soirées sans écrans, etc.). Les familles sont invitées à participer activement.
  4. Carnet de bord et suivi : Chaque enfant remplit son carnet de bord quotidiennement en indiquant les moments sans écrans et les activités pratiquées en remplacement. Un systÚme de points permet de valoriser leurs efforts sans instaurer de compétition.
  5. ClĂŽture et bilan : À la fin du dĂ©fi, une fĂȘte ou un Ă©vĂ©nement de clĂŽture est souvent organisĂ© pour cĂ©lĂ©brer la rĂ©ussite des participants. Un questionnaire est distribuĂ© aux enfants, parents et enseignants afin d’évaluer l’impact du dĂ©fi et de recueillir des tĂ©moignages sur les bĂ©nĂ©fices perçus.

Ce processus vise Ă  encourager une prise de conscience collective et Ă  favoriser une rĂ©duction durable du temps d’écran au-delĂ  du dĂ©fi.

5. Quelles sont les origines de ce défi collectif ?

Le dĂ©fi « 10 Jours sans Ă©crans » s’inscrit dans une histoire Ă  plusieurs racines. Son principal antĂ©cĂ©dent scientifique est le programme SMART (Student Media Awareness to Reduce Television), dĂ©veloppĂ© dans les annĂ©es 1990 Ă  l’universitĂ© de Stanford. Ce programme a montrĂ© qu’une rĂ©duction temporaire et accompagnĂ©e du temps d’écran pouvait avoir des effets bĂ©nĂ©fiques sur les habitudes de vie des enfants. Jacques Brodeur lui-mĂȘme expliquait s’en ĂȘtre inspirĂ©.

Dans l’espace francophone, Jacques Brodeur lance au QuĂ©bec en 2003 le « DĂ©fi de la dizaine sans tĂ©lĂ© ni jeux vidĂ©o ». Il contribue ainsi Ă  diffuser un format collectif de dix jours associant Ă©coles, enfants et familles autour d’une rĂ©duction volontaire des Ă©crans de loisirs.

En France, il convient aussi de rappeler la place de Janine Busson, qui lance dĂšs 1997 Ă  Wimereux la « Semaine sans tĂ©lĂ© ». Cette initiative est antĂ©rieure au dĂ©fi quĂ©bĂ©cois de 2003 et constitue l’un des premiers repĂšres français d’une mobilisation collective autour de la rĂ©duction du temps d’écran. Son action a ouvert en France une voie pionniĂšre de sensibilisation des familles et des Ă©coles.

La premiĂšre mise en Ɠuvre française clairement documentĂ©e d’un dĂ©fi organisĂ© sur 10 jours apparaĂźt ensuite Ă  Strasbourg en mai 2008, avec Serge Hygen et ÉCO-Conseil, sous l’intitulĂ© « DĂ©fi 10 jours pour voir autrement ». Le document de synthĂšse d’ÉCO-Conseil indique explicitement que cette initiative s’est dĂ©veloppĂ©e dans le sillage des actions menĂ©es au QuĂ©bec par Jacques Brodeur, rencontrĂ© Ă  Strasbourg en 2007.

Avant mĂȘme la crĂ©ation de l’association 10 Jours sans Ă©crans, le dĂ©fi s’était dĂ©jĂ  diffusĂ© dans de nombreux Ă©tablissements français sous des appellations diverses : Semaine sans Ă©cran, DĂ©fi 10 jours sans Ă©cran, DĂ©fi des 10 jours sans Ă©crans, DĂ©fi de la dizaine de Wimereux, DĂ©fi 10 jours pour voir autrement, etc. Le recensement non exhaustif rĂ©alisĂ© par ÉCO-Conseil faisait apparaĂźtre plus de 60 Ă©coles en 2016, puis 134 Ă©tablissements en 2017-2018.

L’appellation « 10 Jours sans Ă©crans » elle-mĂȘme s’est imposĂ©e progressivement. Les premiĂšres initiatives ont portĂ© des noms diffĂ©rents, en fonction des territoires, des Ă©poques et des sensibilitĂ©s : « Semaine sans tĂ©lĂ© » Ă  Wimereux, « DĂ©fi de la dizaine sans tĂ©lĂ© ni jeux vidĂ©o » au QuĂ©bec, puis « DĂ©fi 10 jours pour voir autrement » en Alsace. L’expression « 10 jours sans Ă©cran(s) » s’est ensuite diffusĂ©e peu Ă  peu, avant de devenir la dĂ©nomination la plus simple, la plus lisible et la plus largement reprise aujourd’hui.

À partir de 2017 au Pays Basque, puis avec la crĂ©ation de l’association 10 Jours sans Ă©crans en 2018, cette histoire connaĂźt une nouvelle Ă©tape de structuration et de changement d’échelle. L’association s’inscrit dans cet hĂ©ritage pluriel pour donner au dĂ©fi une visibilitĂ© nationale croissante. HĂ©ritier de cette histoire, le dĂ©fi mobilise aujourd’hui chaque printemps plus de 100 000 enfants et adolescents, ainsi que leurs familles, dans de nombreux territoires.

6. Quels sont les objectifs de l’association 10 Jours Sans Écrans ?

L’association 10 Jours Sans Écrans est une association Ă  but non lucratif, reconnue d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral, et engagĂ©e dans la promotion d’une prise de conscience collective sur les enjeux liĂ©s Ă  l’exposition excessive aux Ă©crans de loisirs. Elle porte et coordonne une mobilisation sociĂ©tale d’envergure visant davantage Ă  impulser une dynamique qu’Ă  garantir un accompagnement pour tous les participants, en encourageant enfants, adolescents et familles Ă  mieux maĂźtriser leur temps d’Ă©cran.

L’initiative phare de l’association est le DĂ©fi 10 Jours Sans Écrans. Ce projet propose aux Ă©tablissements scolaires, aux familles et aux collectivitĂ©s de relever un challenge collectif de dĂ©connexion numĂ©rique pendant dix jours. Il favorise ainsi le dĂ©veloppement de nouvelles habitudes de vie plus saines, en mettant en avant l’activitĂ© physique, le sommeil, la lecture et la communication familiale.

Depuis sa crĂ©ation, l’association a connu un succĂšs remarquable, touchant aujourd’hui des dizaines de milliers de jeunes Ă  travers la France et au-delĂ . Cependant, elle reste une structure trĂšs modeste avec des moyens limitĂ©s. Elle bĂ©nĂ©ficie du soutien de personnalitĂ©s scientifiques et sportives ainsi que de l’engagement de nombreuses structures Ă©ducatives et associatives. Son action contribue Ă  une rĂ©flexion plus large sur l’utilisation du numĂ©rique et ses impacts sur la santĂ© et le vivre-ensemble.

7. Pourquoi le défi dure 10 jours ?

Le dĂ©fi dure 10 jours car il faut un certain temps pour modifier une habitude et ressentir un rĂ©el changement dans son quotidien. Cette durĂ©e permet aux participants de sortir progressivement de leur routine numĂ©rique et d’expĂ©rimenter d’autres activitĂ©s enrichissantes.

Des Ă©tudes montrent qu’une pĂ©riode de 10 jours est suffisante pour amorcer une prise de conscience et observer des effets positifs sur le bien-ĂȘtre, la concentration et les relations sociales. Ce format s’inspire du programme SMART conçu par l’UniversitĂ© de Stanford, qui proposait Ă©galement un exercice de dĂ©connexion de 10 jours pour aider Ă  rĂ©duire l’exposition aux Ă©crans et favoriser des habitudes plus saines.

Cette période est aussi un bon équilibre : assez longue pour avoir un impact significatif, mais suffisamment courte pour rester accessible et motivante pour les enfants, les adolescents et leurs familles.

8. Existe-t-il d’autres opĂ©rations de dĂ©connexion numĂ©rique ?

Depuis les annĂ©es 1990, la prise de conscience des effets de la surexposition aux Ă©crans a conduit Ă  l’émergence de plusieurs initiatives visant Ă  limiter leur usage, en particulier chez les enfants et les adolescents. L’une des premiĂšres dĂ©marches connues est le programme SMART (Student Media Awareness to Reduce Television), dĂ©veloppĂ© dans les annĂ©es 1990 par l’UniversitĂ© de Stanford. Ce programme visait Ă  rĂ©duire le temps passĂ© devant la tĂ©lĂ©vision et les jeux vidĂ©o chez les enfants, avec des rĂ©sultats significatifs sur la rĂ©duction de la sĂ©dentaritĂ©, de l’obĂ©sitĂ© et des comportements violents (Screen-Free Week – Wikipedia).

Dans la mĂȘme pĂ©riode, Janine Busson, institutrice française et militante pour la protection de l’enfance face aux Ă©crans, fonde en 1994 l’association Enfance, TĂ©lĂ© : Danger ? pour sensibiliser le public aux risques liĂ©s Ă  une consommation excessive d’écrans. Elle joue un rĂŽle clĂ© dans l’instauration de la signalĂ©tique tĂ©lĂ©visuelle en 1996 et lance en 1997 la Semaine sans tĂ©lĂ©, qui Ă©voluera en 2007 pour devenir le DĂ©fi 10 jours sans Ă©crans. Ce dĂ©fi, visant Ă  promouvoir des alternatives aux Ă©crans, est devenu une rĂ©fĂ©rence en France et au QuĂ©bec, grĂące notamment au travail de Jacques Brodeur, Ă©ducateur quĂ©bĂ©cois qui a adaptĂ© et Ă©largi l’initiative en impliquant activement les Ă©tablissements scolaires et les collectivitĂ©s (Enfance, TĂ©lĂ© : Danger ? – Educawa).

ParallĂšlement, aux États-Unis, l’organisation TV-Free America (aujourd’hui Fairplay) lance en 1994 la TV Turnoff Week, rebaptisĂ©e ensuite Screen-Free Week. Cette campagne annuelle encourage les familles, Ă©coles et bibliothĂšques Ă  passer une semaine sans Ă©crans de loisirs pour redĂ©couvrir d’autres formes de divertissement et renforcer les liens sociaux (Screen-Free Week – Wikipedia).

Dans les annĂ©es 2020, la montĂ©e des prĂ©occupations liĂ©es Ă  l’usage excessif des Ă©crans et aux impacts des smartphones sur la jeunesse a conduit Ă  la crĂ©ation de nouveaux mouvements Ă  travers le monde. En France, le Pacte Smartphone propose aux parents de s’engager collectivement Ă  retarder l’ñge d’acquisition du premier smartphone de leurs enfants afin de limiter la pression sociale et les risques associĂ©s au numĂ©rique (Pacte Smartphone – Site officiel).

Des initiatives similaires ont vu le jour en Italie, avec le rĂ©seau Patti Digitali, qui encourage les communautĂ©s locales (parents, Ă©coles, pĂ©diatres) Ă  Ă©tablir des rĂšgles communes sur l’usage du numĂ©rique et le moment appropriĂ© pour fournir un smartphone (Patti Digitali – Site officiel).

En Espagne, et plus particuliĂšrement au Pays basque, le mouvement Altxa Burua (« LĂšve la tĂȘte ») rĂ©unit des parents souhaitant faire des Ă©coles des espaces sans tĂ©lĂ©phones portables et promouvoir un usage raisonnĂ© de la technologie chez les enfants (Altxa Burua – Site officiel). En Catalogne, des pactes numĂ©riques similaires commencent Ă©galement Ă  Ă©merger au sein des communautĂ©s locales, bien que le mouvement soit encore en structuration.

Enfin, la rĂ©flexion sur l’impact du numĂ©rique s’est Ă©galement institutionnalisĂ©e Ă  travers des Ă©vĂ©nements de sensibilisation tels que les Assises de l’Attention, organisĂ©es en France par le Collectif Attention. Depuis 2020, ces assises rĂ©unissent chercheurs, associations et citoyens pour dĂ©battre des effets du numĂ©rique sur la sociĂ©tĂ©, l’éducation et la santĂ© publique (Les Assises de l’Attention – Collectif Attention).

Ces diffĂ©rentes initiatives tĂ©moignent d’une prise de conscience mondiale croissante des risques liĂ©s Ă  la surexposition aux Ă©crans et aux outils numĂ©riques. Aujourd’hui, elles façonnent un mouvement global de dĂ©connexion numĂ©rique, combinant actions Ă©ducatives, engagements communautaires et plaidoyer pour une utilisation plus raisonnĂ©e de la technologie.